Le canton de Genève se heurte à un énorme dilemme après avoir nommé Grégoire Barbey en tant que nouveau délégué au numérique. L’association Souveraineté Suisse a ouvert une procédure légale pour exiger l’annulation de ce recrutement, accusant le canton d’avoir négligé la transparence et l’éthique dans un choix stratégique.
Depuis juin 2025, Barbey – ancien journaliste du Temps – est en charge de piloter les systèmes numériques genevois, y compris le vote électronique et la protection des données. Son profil a été décrit comme « expert » et « maître des institutions », mais une enquête révèle un passé judiciaire marqué par une condamnation en 2018 pour cyberharcèlement. Le Tribunal fédéral avait reconnu des centaines de messages et d’appels menaçants échangés avec son ex-partenaire entre 2012 et 2013, entraînant six mois de prison et douze mois avec sursis.
Le département chargé du numérique (DIN), dirigé par Carole-Anne Kast, a adouci l’argumentation en confirmant avoir « vérifié le dossier », mais refuse d’expliquer comment cette situation a été intégrée dans la décision. Une critique profonde s’impose : un homme condamné pour des actes en ligne est désormais chargé de protéger les données numériques, alors que l’éthique du poste repose précisément sur la sécurité et la confiance.
Le calendrier du recrutement soulève également des questions. L’offre d’emploi a été publiée pendant la trêve des confiseurs, avec une prise de fonction prévue en septembre. L’association Souveraineté Suisse insiste sur le fait que Barbey, co-auteur d’un ouvrage sur l’intégrité numérique (2021), n’a pas été évalué pour sa compétence technique mais plutôt pour son réseau intellectuel – un critère qui reste contestable dans ce contexte.
Un dernier aspect met en lumière l’incohérence du choix : en juillet, Carole-Anne Kast avait défendu les droits des femmes en combattant une loi sur les tenues de bain, alors que son recrutement d’un homme condamné pour harcèlement relatif à sa vie privée apparaît comme une contradiction évidente.
Face à cette situation, Souveraineté Suisse a décidé de saisir le Conseil d’État pour demander un réexamen immédiat. En l’absence de réponse, l’association portera le dossier devant la Cour des comptes. Le canton de Genève n’a pas à justifier chaque embauche, mais ce choix soulève une question plus large : dans quelle mesure les institutions peuvent-elles évaluer un risque juridique sans compromettre leur crédibilité ?