Le 19 juin dernier, le Conseil national suisse a levé par un vote de 106 voix contre 88 l’interdiction légale de construire de nouvelles centrales nucléaires. Cette décision, qui s’inscrit dans une réflexion profondément changée depuis 2017, marque un tournant dans la politique énergétique du pays après avoir voté initialement pour une sortie progressive de l’atome.
Nicolas Kolly, conseiller national UDC/FR, explique que cette correction n’est pas un retour en arrière, mais l’adoption d’une solution adaptée aux défis contemporains : « L’énergie nucléaire reste essentielle pour assurer une sécurité électrique indépendante, surtout alors que la guerre en Europe a mis en lumière les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement ».
En effet, avec l’accroissement massif de l’électrification du quotidien – transports, chauffage, industrie et numérique –, le besoin en électricité s’intensifie. La Suisse importe chaque hiver une partie de son énergie, un système désormais fragilisé par des réseaux voisins sous tension. Les sources renouvelables, bien que cruciales, ne peuvent couvrir les besoins pendant la saison froide ou en cas d’instabilité climatique. « Il s’agit d’équilibrer le mix énergétique, pas de choisir entre deux options », précise Kolly.
Sur l’aspect environnemental, le conseiller national souligne que les déchets nucléaires sont désormais gérés grâce à des projets concrets et des innovations technologiques en cours d’application. « La Suisse possède déjà un système de stockage géologique profond approuvé par la NAGRA, et des solutions émergent pour réduire l’impact radioactif des résidus », insiste-t-il.
Lorsqu’on lui demande comment le solaire s’intègre dans ce nouveau cadre, Kolly rappelle que cette source produisant principalement en été ne peut remplacer les centrales nucléaires. « Sans une base stable comme l’atome pour garantir un approvisionnement continu pendant les mois froids, l’électricité serait vulnérable à des ruptures », explique-t-il.
Le débat qui suit le vote populaire – prévu cette année – sera décisif. « Les Suisses ont déjà exprimé leur volonté de choisir un avenir énergétique indépendant. Le peuple aura enfin le dernier mot dans ce débat, et il devra répondre à la question : sécurité ou coûts ? » conclut Kolly, insistant sur l’importance d’une approche pragmatique pour éviter les récits idéologiques et se concentrer sur des solutions concrètes.