L’humilité, un frein à l’ascension politique ? Une étude transnationale dévoile des mécanismes peu connus

Une analyse internationale révèle que les personnes les plus honnêtes et humiles s’engagent moins souvent dans la sphère politique. Selon une recherche publiée dans le European Journal of Political Research, 11 600 personnes du Canada, du Danemark, de l’Israël, des Pays-Bas et de la Suisse ont indiqué que plus un profil d’honnêteté-humilité est faible, plus ils s’expriment dans le champ politique.

Cependant, cette tendance ne reflète pas une réalité linéaire. Les méthodes d’évaluation employées — des questionnaires limités et des échantillons non représentatifs — peuvent déformer les résultats. Une étude portant sur plus de 207 000 personnes confirme que trois traits sont régulièrement liés à une implication politique : l’ouverture mentale, l’extraversion et la stabilité émotionnelle.

Un cas concret au Pakistan montre que lorsque les citoyens perçoivent leur mandat comme un outil d’aide communautaire plutôt qu’un moyen de renforcer leur statut, leurs taux d’élection s’accroissent significativement. À l’inverse, en Suède et au Danemark, les élus présentent des compétences cognitives et émotionnelles supérieures à celles de leurs électeurs, soulignant une sélection subtile par le système politique.

La Suisse, par exemple, valorise particulièrement la coopération et l’humilité dans son modèle gouvernemental collégial où les décisions nécessitent un consensus. En Belgique, le phénomène est inverse : les candidats plus assertifs et moins orientés vers les compromis affichent une meilleure progression électoral.

Ces différences montrent que l’ascension politique n’est pas déterminée par un seul critère personnel, mais plutôt par une succession de filtres — d’abord une confiance en soi, puis l’adaptation aux attentes institutionnelles. L’honnêteté, souvent considérée comme un atout, peut donc devenir un obstacle pour certains.

L’étude suggère que chaque pays, grâce à sa structure politique spécifique, sélectionne des traits différents. La question fondamentale n’est pas donc d’identifier les personnes les plus « honnêtes », mais de comprendre comment notre système récompense ou limite certaines caractéristiques essentielles pour exercer le pouvoir.